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Weather Systems | chronique

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chronique Weather Systems

album  : Weather Systems
groupe : Anathema
sortie   : 2012

+ chronique Anathema
01- Untouchable Part 1
02- Untouchable Part 2
03- The Gathering Of The Clouds
04- Lightning Song
05- Sunlight
06- The Storm Before The Calm
07- The Beginning And The End
08- The Lost Child
09- Internal Landscapes


Le paradis perdu  par  PoC

Parler d'Anathema est toujours compliqué. Je m'étais d'ailleurs refusé d'écrire quoique ce soit sur eux, tellement ce groupe a su pénétrer mes émotions les plus enfouies grâce à quelques chefs d'oeuvre de leur discographie. Comme beaucoup, Alternative 4, Judgement ou -dans un autre registre- A Natural Disaster m'ont marqué ; viscéralement marqué. Le genre de disques impossibles à oublier, qui font resurgir à chaque nouvelle écoute les sentiments et l'état d'esprit de cette époque bénite où les frères Cavanagh étaient des génies.

Le paradoxe Anathema. Car même au sommet de son art, la formation britannique est toujours restée confidentielle. Comme si tant de talent ne devait pas s'ébruiter. Comme si avoir le privilège de connaitre ce groupe devait rester secret. Peu de prosélytisme donc et malgré des coups de pouce de grands (Steven Wilson si tu nous lis...), Anathema ne perce pas. L'histoire du successeur de A Natural Disaster en est la douloureuse (é)preuve. Sept années de traversée du désert, pour le groupe comme pour les fans. Sept années jalonnées de sorties sans cesse repoussées, d'abandons de labels et même d'appels aux dons pour financer leur nouvel opus ! On nage en pleine science fiction... Nouvelle preuve que l'industrie du disque marche sur la tête dans un escalier pentu.

Sept années et une déception (forcément). We're Here Because We're Here (2010) ne peut combler tous les espoirs accumulés pendant cette longue période de disette. Musicalement, Anathema prend ici le virage d'un rock plus positif, jouant sur les émotions simples, sans chatouiller les détails... C'est propre, c'est efficace, mais ça manque d'âme.
La seule bonne nouvelle, est que le groupe a compris que pour exister il fallait se montrer. Quelques cours de communication plus loin, Anathema fait maintenant parler de lui, joue même l'excès de zèle en publiant une compilation mais (au moins) revient après seulement deux ans avec un nouvel album !

Weather Systems donc. Nous y voilà.
Alors globalement, ce disque reste dans la lignée de son prédécesseur. Anathema prend ainsi le parti de poursuivre cette voie du rock-art, aérien, maitrisé, aux compositions équilibrées, efficaces.
Mais comme pour We're Here Because We're Here, les ficelles sont un peu grosses ! Certes, le groupe a ce talent du serial compositeur pouvant enchainer les pistes qui font pétiller les yeux et croire en la paix dans le monde (The Gathering Of The Clouds, Lightning Song, Sunlight) mais avec un pas de recul, c'est le son de la facilité qui résonne...
Le recrutement de la chanteuse Lee Douglas (en 2000) n'y est d'ailleurs pas pour rien. Dans un premier temps simple appui de Vincent Cavanagh dans ses envolées lyriques, la demoiselle s'impose aujourd'hui comme un membre structurant du groupe, s'accordant même un morceau (Lightning Song). Bien qu'excellente chanteuse, sa présence amène sur ce disque un arrière goût de guimauve qui rend l'émotion fadasse sur les morceaux cités plus haut.

Mais par bonheur, Weather Systems n'est pas homogène.
Et des soubresauts de l'Anathema d'antan refont même surface. Comme la double composition Untouchable Part 1 et 2 introduisant l'album. Un duo de piste crescendo sur un même thème, débutant avec un premier morceau à la guitare clean envoutante et au rythme énergique. Une montée en puissance instrumentale et vocale dont seul ce groupe a le secret. En maître absolu, Anathema coupe court au climax de l'émotion pour enchainer sur le second acte, plus mélancolique, où -cette fois- la voix de Lee prend tout son sens, en duo avec Vincent, accompagnés d'un simple piano dépressif, finalement rejoint par le reste du groupe.
The Beginning and The End se défend aussi dans son style avec une vraie construction musicale (même si éprouvée) basée sur l'ajout de strates instrumentales, rajoutant du relief à ce morceau qui s'achève comme il a débuté au piano.
Anathema s'est aussi entouré d'un véritable orchestre, comme sur The Lost Child où la puissance orchestrale sublime une piste mélancolique et touchante. Internal Landscapes finalise également d'une assez belle manière le disque, malgré une faute de goût étonnante, avec ce discours en début et fin de morceau, qui n'apporte strictement rien si ce n'est de l'agacement après plusieurs écoutes... Grosse performance vocale de Vincent Cavanagh en tous cas, toujours aussi irréprochable sur cette piste (on croit même parfois entendre Devin Townsend dans ses derniers projets) comme sur le reste de l'album.
Mais l'ovni de Weather Systems se trouve indiscutablement en piste 6. The Storm Before The Calm prend -comme son titre le laisse entendre- l'auditeur à contre sens et le plonge dans une composition en deux volets, exceptionnelle ! Une première partie déchainée, puissante, à la rythmique cadencée et redondante. Anathema rompt ses propres codes pour nous immerger dans un univers electro déroutant. On se prend à vérifier si un mp3 d'un autre groupe ne s'est pas incrusté dans la playlist ! Mais non, et à mi-parcours, nouveau virage à 180° alors que nos oreilles grésillent encore de l'avalanche de beats déversés. Le morceau se fait alors onirique et mélancolique avec une montée en puissance encore une fois mise en valeur par un orchestre savamment dosé (merci Christer-Andre Cederberg, dieu de la production).

Alors que conclure après ça ? Une partie de moi veut rester dans le souvenir de l'Anathema de la grande époque, de ce paradis perdu que tous les fans de la première heure ne peuvent oublier.
Mais d'un autre côté, n'est-il pas temps d'adopter le postulat que cette époque est révolue et que jamais plus ce groupe d'exception ne nous offrira quelque chose d'aussi grand ? Et dans ce cas, Weather Systems est un bon album. Par moment trop léger, certes, mais foncièrement beau, maitrisé, offrant même quelques bonnes surprises. Anathema évolue, à nous de les suivre.

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